Jacques

Il y a des moments où je sens ton regard. Des moments où je me sens appartenir à quelque chose. Des moments où je me sens venir de quelque part.
Des moments où je crois entendre cet écho. Sentir cette vibration.
J’ai croisé ton regard immortel. Ton regard suspendu dans le temps. Ton regard suspendu dans une interrogation infinie. Tu n’as pas de couleurs. Tu es inscrit en grains d’argent. D’ombres et lumières tu es de cet autel l’hôte de marque. Ta lumière a impressionné l’épreuve du temps et tu es là, près de moi, le regard dans l’infini.
Cette photo posée là semble aujourd’hui m’observer. Un jour parmi cent, je sens ce manque qui me prend aux tripes. Je voudrais que tu me prennes dans tes bras comme tu ne l’as jamais fait. Je voudrais que tu me parles comme tu l’as toujours fait. Je voudrais que tu sois là, que tu m’interroges comme avant. Je voudrais te raconter qui je suis devenu. Qui je rêve de devenir.
Je voudrais que tu connaisses l’adulte que je suis devenu. Je voudrais que tu sois fier de moi. Non. Je voudrais que tu sois heureux. Je voudrais te présenter mes enfants.
Je voudrais te poser mille questions.
Je voudrais pouvoir enfin comprendre ce qui m’était impossible. Je voudrais te dire que je sais certaines choses. Que je comprends ces souffrances ou ces erreurs. Je voudrais que papi reste dans la photo et que Jacques reprenne vie.
Aujourd’hui je me sens un peu plus vieux et un peu plus riche de comprendre ou juste de sentir plus ta présence.
Aujourd’hui je me sens appartenir un instant… à une famille, à une émotion.
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2 réflexions au sujet de « Jacques »

  1. Alors c’est cela qui se passe ? « Ton regard suspendu dans une interrogation infinie … Ta lumière a impressionné l’épreuve du temps et tu es là, près de moi, le regard dans l’infini. » Ce serait bien. Je remplacerai le prénom de Jacques par celui de François. Je ne suis pas certaine en faite que ce serait bien. Parfois j’ai peur que cette présence absente ne prennent trop de place et n’en laisse pas assez aux vivants. Donner leur juste place à nos morts …

    • Il est là sans être là. C’est une présence absente. Une absence présente. Il ne prends pas de place. Je n’attends rien. J’aurais voulu, plein de choses… Ce n’est pas un poids. Juste une douce nostalgie. Mais je ne vis pas ça comme un poids. Il a trouvé sa place, quelque part dans un recoin de mon coeur. Et puis il y a une photo, quelque part, que je croise dans mon repaire. J’y jette un oeil, amusé souvent, juste un salut. Et puis là, dans la nuit et le Bordeaux, j’ai pensé à tout ça. Là j’ai pensé qu’il n’était plus là et que c’était dommage. Là j’ai eu une bouffée de tristesse.
      Il y a un mort qui prend de la place, oui, mais c’est un autre (et un billet en projet depuis un moment).

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