En souvenir de ces deux jours – un défi Oulimots

Avertissement

Ce texte est une fiction.
Pourquoi un tel avertissement ? Parce que c’est la première fiction que je publie sur ce blog.

C’est aussi une fiction particulière car elle s’inscrit dans un défi d’écriture, un défi quotidien nommé Oulimots dont la caractéristique est d’être basé sur une contrainte qui prend habituellement la forme d’une série de mots à utiliser, occasionnellement d’une image. C’est le cas aujourd’hui, elle figure en illustration de ce billet (ça aussi c’est une première sur ce blog, d’avoir une image en tête d’un billet !).

Encore une particularité : c’est moi qui ai proposé cette image contrainte.
Vous voulez une dernière information ? Eh bien cette image provient d’une lettre dont nous reparlerons ici, une vraie lettre et une vraie histoire, très particulières, qui ont lié deux personnes de ma vraie vie. Une histoire et des lettres autour desquelles j’ai prévu de publier ici un récit à plusieurs voix et plusieurs âges, quand j’aurai eu le temps d’y travailler suffisamment.


20 mai 1945

Par où commencer ?
Suis-je aussi surprise que vous ? Êtes-vous aussi bouleversé que moi ?

Lorsque je suis entrée dans cet appartement de la rue Clairaut, lorsqu’Andréa m’a conduite dans son salon et que je vous ai vu, j’ai bien vite compris que ce 17 mai serait un jour particulier. Comment, cependant, imaginer ne serait-ce qu’un soupçon de ce que nous avons vécu ?

Me voici emportée autant par une allégresse folle que par une culpabilité pesante. Car, enfin, qu’avons-nous fait ?
Si j’en avais l’opportunité, je ne changerais rien, pas un mot, pas un geste. Je revois ce film et je n’en voudrais rien changer.

Je ris malgré tout encore un peu de cette jeune fille à peine jeune femme de presque 18 ans qui se dirigeait naïvement vers cet appartement sans savoir qu’elle passait brusquement de la chrysalide au papillon. J’ignorais alors que ma métamorphose n’était pas que vestimentaire. Il y avait quelque chose, dans cette tenue de jeune femme que je découvrais.
Je portais cette sensation de changement dans ces bas de soie, remplaçant pour la première fois mes chaussettes de jeune fille, dans cette ensemble beige aux garnitures rouges, dans ces chaussures et ces gants assortis.

Je ris, je suis ébouriffée et atterrée tout à la fois par cette tempête qui nous a propulsé du 17 au 18 mai.
Comment sommes-nous passés de la rue Clairaut à cette chambre ? Que nous a-t-il fallu pour oser en refermer la porte sur nous ?

J’ose croire qu’il n’est rien ici d’anodin pour vous, et que ces mots murmurés étaient aussi sincères qu’ils étaient doux à mes oreilles et qu’étaient doux votre contact et vos baisers.
Je me suis encore amusée de notre si parfaite (j’espère) histoire de gants oubliés au café qu’il nous fallait aller rechercher. C’est cependant tremblante que je me suis éveillée, certaine que personne ne pouvait avoir été dupé. Et puis la pensée de ces moments m’est revenue, alors je me suis à nouveau laissée emporter.

J’ai maintenant besoin de savoir : j’ai bien compris que notre différence d’âge ne vous permet pas d’attendre longtemps que je puisse vous retrouver, aussi j’espère que vous pourrez attendre juste un tout petit peu. M’attendrez-vous donc ? Viendrez-vous me retrouver ? Viendrez-vous, le jour venu, rencontrer mes parents ?

C’est fiévreuse, émerveillée, stupéfaite, contrite que je termine bien vite cette lettre au risque d’y renoncer, porteuse qu’elle est d’une question si cruciale pour moi désormais. Il me faut désormais attendre cette réponse.

En souvenir des deux jours passés ensemble
… je vous attendrai

Régine

Mais surtout, déchirez cette lettre aussitôt

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