Observatoire des marchés

Le monde se joue dans les marchés, tu sais. Tout le monde le sait.

Il en va souvent des évidences comme du reste : il te faut ouvrir les yeux. Être sur la bonne fréquence, le bon tempo. Sinon, tu as beau savoir, tu passes à côté.

Ce matin était un matin comme ça. Un blues collant aux basques, l’esprit englué dedans, je surnageais entre les deux eaux d’une fatigue trop grande et d’un moral trop bas.

Aux prises avec les courbes de mon humeur, j’ai fait confiance au marché pour me procurer de quoi manger.

Aujourd’hui c’est comme si l’on avait déréglé mon récepteur. Non… en réalité c’est comme quand tu écrivais des messages d’agent secret à l’encre sympathique.

Tu te rappelles, tu les lisais en utilisant les lunettes secrètes ? Voilà. Ce matin j’avais ces lunettes.

On dit que tout se joue dans les marchés.

Aujourd’hui, le marché était baissier. Je ne suis pas spécialiste mais la tendance était claire : les opérateurs n’avaient pas le moral.

Les visages semblaient porter un poids. Parcourant les allées, allant d’un trader à un autre, une peine semblait s’être emparée de tous.

Cette femme, à quelques mètres, paraît perdue. Les amarres comme arrachées par une tempête, les yeux à la dérive sur une mer maintenant plus calme.

Son regard flotte sans but. Tu la regardes. Elle te répond en silence, presque étonnée : oui, je suis vivante.

C’est l’impression d’avoir retrouvé une âme dans une armée de zombies.

Cet homme qui attend son tour est éteint. En pilote automatique, mode sans échec, Est-il encore habité ? Non, Je crois qu’il n’y a plus personne.

Le marché est aux mains des zombies. La vie a été aspirée. Un poids immense écrase ces regards. Tous semblent se mouvoir avec un poids identique sur les épaules.

Je suis le Prof. Robert Neville au milieu des zombies. Mais je n’ai pas trouvé le remède.

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