Tranchées de vies – Ep. 4 : « Cormicy, cote 100 »

Ce billet est le 4eme épisode de la série « Tranchées de vie ». Je vous invite à en lire la présentation.

23 septembre 1915

A 6h30, la 138e brigade reçoit l’ordre d’attaquer la cote 100, avec l’appui par l’artillerie divisionnaire mal soutenue par le 254 à droite, et à gauche par la 53e division qui lance sur la cote 91 des forces insuffisantes. Le 267e est balayé par le feu de l’ennemi, que l’artillerie avait mal repéré, son tir étant trop court, et par une batterie située en arrière de la cote 91. Nos tirailleurs regagnent leurs tranchées. Nombreux blessés.
Pendant ce temps Cormicy est intenable sous les projectiles de gros calibre.
Le service médical quitte le cimetière et se porte à la Maison Bleue à 15 heures.
Installation d’un poste de secours dans des conditions défectueuses de proximité de l’ennemi et d’hygiène. Il n’y avait plus d’autre emplacement possible.
Sol boueux et souillé de matière fécales.
On ne peut consommer que l’eau d’un puits suspect. En 36 heures 172 blessés ont été relevés par un personnel diligent qui a fait preuve de beaucoup de courage.
Évacuation en 3 fois dans la nuit par les brancardiers de la 69e division.

Journal des Marches et Opérations du Service de Santé du 267e Régiment d’Infanterie.

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Tranchées de vies – Ep. 3 : « Que l’on en finisse vite »

Ce billet est le 3eme épisode de la série « Tranchées de vie ». Je vous invite à en lire la présentation.

Soissons, Mercredi 9 septembre 1914

Ma chère Georgette

J’ai enfin trouvé du papier et le temps de te mettre une lettre un peu longue. Depuis une quinzaine je te prie de croire que nous avons avalé des kilomètres quelques fois pendant 17 à 18h – ça tournait au cauchemar – mais il paraît que ces manœuvres portent leurs fruits car nous sommes en train de flanquer une fameuse pile aux ennemis. Tant mieux, que l’on en finisse vite. Nous marchons en réserve, et pour le moment tout en suivant le mouvement en avant nous nous reposons.
Hier j’ai assisté à un fameux duel d’artillerie qui s’est terminé à notre avantage – après en avançant on a trouvé beaucoup de cadavres d’allemands dans les bois. Ca sentait ! par cette chaleur. On voit partout des chevaux morts, des caissons, des voitures. Quel spectacle !
Enfin c’est la guerre ! J’ai reçu ta lettre du 16 août, m’a fait beaucoup plaisir et m’a tranquillisé. Pour le terme, je ne crois pas qu’il faille le payer, informe toi, tous les paiements sont suspendus. Si tu vas à Tonnerre, embrasse les bien pour moi. As-tu reçu mes cartes parfois ? Pour ma santé, ça va, espérons que ça continuera !
En attendant une autre bonne lettre de toi, embrasse tout le monde pour moi. Bien des choses à Fernand quand vous lui écrivez. Et moi les meilleurs bécots de ton petit mari qui t’aime. Albert L.


Cormicy, 16 septembre 1914

Ma chère Georgette,

Du fond d’une tranchée de la profondeur d’un homme, je t’écris ces quelques mots pour te prouver que jusqu’à présent tout va bien ! Eh pourtant ce n’est pas que les occasions de recevoir des pains a manqué ! Depuis 4 jours et 4 nuits nous sommes sur les mêmes positions arrosées d’obus et de balles. J’ai eu hier un camarade qui a été blessé à côté de moi. Et bien c’est bizarre on finit par s’habituer et on écoute avec curiosité passer les obus en gonflant simplement le dos lorsqu’ils passent trop près. Quand aux blessés et aux morts (peu nombreux) on les voit, on les aide et on passe. Ce sera peut-être son tour demain. Le plus embêtant est de coucher dehors par une pluie battante comme cette nuit. En revenant que de douleurs à soigner ? J’ai eu pendant 3 jours des coliques dues sans doute à l’eau empoisonnée, mais grâce à des gamelles de riz c’est bien passé. En ce moment c’est la grande bataille qui se livre, espérons qu’elle sera à notre avantage, car les allemands font un vrai ravage partout où ils passent, et je ne voudrais pas qu’ils viennent à Troyes – si celà arrive va à Paris !!
En ce moment ça bombarde dur ! Espérons en l’avenir, ta pensée me protègera sans doute.
En attendant la fin de ce cauchemar, embrasse bien tout le monde pour moi, bien des choses à Fernand et Gaston, et reçoit toi les meilleurs bécots de ton petit mari qui t’aime toujours et pense constamment à toi.

Vite une lettre.

Albert L.

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Tranchées de vies – Ep. 2 : « Il ne faut pas se démonter »

Ce billet est le 2eme épisode de la série « Tranchées de vie ». Je vous invite à en lire la présentation.

Quimper, le 2 août 1914

Ma bien chère femme,

A l’heure où tu liras ces lignes, je serai sans doute en route pour la frontière, mais il ne faut pas se démonter, car tout n’est pas perdu encore, et j’ai l’espoir qu’au dernier moment la folie universelle des dirigeants s’apaisera ! Espérons encore !
Maintenant comme il faut malgré tout prendre ses précautions, j’ai rassemblé mon petit bagage et je l’ai déposé chez Mr Chevreau, qui en cette occasion s’est montré pour moi un ami ! Ma place chez lui m’attend toujours, de ce côté pas d’inquiétude.
Je t’envoie en lettre recommandée le titre russe. Fais en ce que tu voudras, il est à toi. Je ne puis t’envoyer d’argent liquide mais si tu en as besoin adresse toi à mon père sans faux amour propre, car tu le sais, bien que nous ne soyons pas mariés tu es pour lui considérée comme sa fille !!
De Clermont je n’ai rien reçu. Je vais donner l’ordre d’envoyer les fonds à ta mère, puissent-ils vous parvenir.
J’espère que tu as pu partir pour Troyes et c’est à cette adresse que j’envoie ma lettre. Si tu n’as pas pu passer par l’est, va à Tonnerre. Tu es leur fille ! Vas-y avec Ninie, de là vous pourrez peut-être gagner Troyes.
Je ne vois plus rien à te dire, ma chère ! Georgette. Si ce n’est d’avoir du courage !!
C’est encore une mauvaise passe, elle fera comme les autres elle passera. Montre toi une petite femme courageuse, énergique, et sache que quoi qu’il arrive, tu auras avec mon père toutes mes pensées !!
Allons au revoir et courage !
Embrasse bien Ninie et ceux de ma famille que tu verras pour moi. Quand à toi je t’embrasse comme je t’aime c’est à dire infiniment.

Albert, ton mari qui t’aime toujours.


Quimper, 5 août 1914 (télégramme)

QUIMPER 663 10 5 9h55 – ALBERT L. PARTI LUNDI CAMP SISSONNE

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