Les gens ont l’air qu’on leur donne

Elle entre dans le train, et le monde lui appartient.

Elle a l’air d’une reine, cette femme peut tout, elle est belle. Elle est désirée.
Elle est juste très jeune mais elle me fascine.

Puis passe une seconde assassine, et mon regarde s’éclairci.
Est-elle une reine ?

Non. C’est une gamine. Elle a vingt ans et elle n’a d’assurance que ses forces rassemblées derrière la peur d’être là.

Je réalise qu’elle n’a que l’air que je lui donnais.

Dans mon humeur maussade et matinale, je plaçais les « autres » dans des vies meilleures, plus faciles, plus agréables.

J’ai pris cette assurance en carton pâte pour argent comptant et me suis laissé berner.

Je réalise qu’elle n’a que l’air que je lui donnais, qu’ils ont tous l’air que je veux bien leur donner. Ou bien l’air qu’ils me donnent et que je veux bien prendre. C’est un jeu de miroirs. De dupes. Vais-je refléter l’image du masque que tu as décidé de porter ? Au bonneteau des âmes, où est la noire ?

Bal des masques.

C’est plus compliqué : tu portes un masques, je porte un masque, je te mets un masque, et toi à moi.

Ce visage que je porte sous mon masque reçoit l’image de ton masque, filtrée par le mien.

Je perçois ton humeur dans la mienne, je construis ton personnage comme le mien. Cette construction est parfois fidèle à l’esprit (le tiens), parfois au mien.

Ici encore, le vrai et le faux sont complices d’une supercherie, le vrai et le faux ne sont guère que deux faces de la Matrice. Je suis Neo ne sachant plus où est la rouge, où est la bleue.

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2 réflexions sur « Les gens ont l’air qu’on leur donne »

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